jeudi 27 novembre 2008

Géographie de la ville en guerre : Mitrovica

Je signale ici le blog de Bénédicte Tratnjek, doctorante en géographie qui prépare une thèse sur les villes pendant et après la guerre, en s'appuyant sur trois terrains principaux : Abidjan, Beyrouth et Mitrovica.
L'ensemble du blog est des plus intéressants et mérite d'être parcouru et lu. Je note cependant ici les articles qui concernent plus particulièrement les Balkans :
A noter que Bénédicte Tratnjek rédige également un site internet intitulé "Géographie de la ville en guerre" sur lequel on pourra trouver également des études sur Mitrovica que complète le blog.

mercredi 26 novembre 2008

De l'Albanie à Saint-Etienne : une piste à explorer

Le 21 octobre 2008, l'Université Luigj Gurakuqi de Shkodër a signé un accord de coopération avec l'Université de Saint-Etienne. Sans que les acteurs en aient vraiment conscience, ils renouent ainsi les liens qui ont existé dans l'entre-deux-guerres entre l'Albanie et Saint-Etienne.
Dans le cadre d'une enquête que j'ai commencée en septembre sur l'immigration albanaise en France dans les années 20 et 30, j'ai en effet appris que de nombreux albanais (combien ?) s'étaient installés à Saint-Etienne dans les années 1920 pour travailler dans les mines stéphanoises. La plupart aurait habité dans le quartier du Soleil. Il s'agit là d'une piste de recherches fort intéressante et mettant en lumière un aspect finalement méconnu des migrations albanaises : celui d'une présence ouvrière venue d'Albanie en France dans ces années-là, présence dont j'ai tout récemment repéré l'existence également dans le nord industriel parisien de l'époque. On connaissait en fait plutôt bien, quoique imparfaitement, le séjour français d'intellectuels lors de leurs études ou de leur exil dans l'hexagone mais peu voire pas du tout cette émigration économique vers la France dans les années qui ont suivi l'indépendance effective de l'Albanie.

En attendant une exploration plus approfondie dans les archives stéphanoises, je vous livre un témoignage de la mémoire qu'ont pu garder de cette aventure humaine les descendants de ces ouvriers albanais. Il s'agit d'un poème de Vangjel Leka, lui même installé en France depuis 1990. J'ajoute que si certains d'entre vous avaient un témoignage à apporter à ce sujet, je serais évidemment ravi de les écouter ou de les lire.

Une nouvelle

Le facteur passe deux fois par semaine
Le mercredi et le samedi
Je ne sais plus depuis combien d'années
J'attends tous les mercredis et les samedis
Dans le vent, sur la place du village
Sous la pluie, sous les branches dénudées du platane.

Le facteur est un homme rude, il jette les lettres
(Il a fait plus de chemin
Que toutes les lettres réunies)
Et jamais je n'ai pu attraper une lettre
Et je rentrais, sans rien dire à ma mère.

Le facteur passe deux fois par semaine
Le samedi et le mercredi.
Ma mère, sur les pas de la haridelle bâtée
Pense toujours à son père
Mais moi, je n'ai jamais connu mon aïeul.

Le facteur passe huit fois par mois
Grand-père est loin, en terre étrangère
Le facteur passe 96 fois l'an
Saint-Etienne est très loin
Et la mine vous asphyxie.

Les platanes murmurent à Saint-Etienne
Il fait du vent, il pleut
Est-ce qu'on est mercredi
Ou bien samedi ?
Année 1923 ou bien 1992 ?

Je viens, grand-père, prendre de tes nouvelles
Mais maman est déjà enterrée,
Et je ne trouve pas cette tombe,
Et je ne sais plus où elle est...

(Saint-Etienne, 30 octobre 1992)
Extrait de Vagjel Leka, Terres d'asile, asiles de terre, Marseille, Editions Autres Temps, 1996, p. 26-27.


Le blog Paris-Tirana redémarre

Comme vous l'avez sans doute remarqué, le blog Paris-Tirana s'était interrompu sans explication pendant plusieurs mois. Manque de temps au début (fin d'année universitaire chargée), mission de recherches de deux mois (juin-juillet) en Albanie puis vacances (août) sont les causes des premiers mois de silence. Puis, avec la rentrée de septembre, une interrogation sur l'utilité de ce blog dont la rédaction régulière de billets prend un certain temps. D'où une hésitation de ma part à relancer un blog qui touche un public plutôt restreint. J'avoue notamment une déception de voir que finalement le dialogue scientifique n'était pas vraiment au rendez-vous. Cependant, depuis l'interruption de sa rédaction, j'ai pu constater que le nombre de visites ne faiblissait pas tant que ça. Certains lecteurs, albanais pour la plupart, m'ont d'ailleurs envoyé des messages de remerciements pour les informations diffusées sur Paris-Tirana, des informations scientifiques rendues accessibles à tous par ce biais. Si le dialogue espéré ne se fait pas, je vois dans cette diffusion une utilité qui me pousse à relancer ce blog. J'espère arriver à m'y tenir. L'autre utilité de ce blog est également la conservation d'une trace de mes curiosités, de mes réflexions, de mon parcours bibliographique qui alimentent en permanence mes recherches. Finalement, ce blog est bien un carnet de recherches ouvert aux yeux de tous et je souhaite qu'il continue à vous intéresser.