mercredi 26 novembre 2008

De l'Albanie à Saint-Etienne : une piste à explorer

Le 21 octobre 2008, l'Université Luigj Gurakuqi de Shkodër a signé un accord de coopération avec l'Université de Saint-Etienne. Sans que les acteurs en aient vraiment conscience, ils renouent ainsi les liens qui ont existé dans l'entre-deux-guerres entre l'Albanie et Saint-Etienne.
Dans le cadre d'une enquête que j'ai commencée en septembre sur l'immigration albanaise en France dans les années 20 et 30, j'ai en effet appris que de nombreux albanais (combien ?) s'étaient installés à Saint-Etienne dans les années 1920 pour travailler dans les mines stéphanoises. La plupart aurait habité dans le quartier du Soleil. Il s'agit là d'une piste de recherches fort intéressante et mettant en lumière un aspect finalement méconnu des migrations albanaises : celui d'une présence ouvrière venue d'Albanie en France dans ces années-là, présence dont j'ai tout récemment repéré l'existence également dans le nord industriel parisien de l'époque. On connaissait en fait plutôt bien, quoique imparfaitement, le séjour français d'intellectuels lors de leurs études ou de leur exil dans l'hexagone mais peu voire pas du tout cette émigration économique vers la France dans les années qui ont suivi l'indépendance effective de l'Albanie.

En attendant une exploration plus approfondie dans les archives stéphanoises, je vous livre un témoignage de la mémoire qu'ont pu garder de cette aventure humaine les descendants de ces ouvriers albanais. Il s'agit d'un poème de Vangjel Leka, lui même installé en France depuis 1990. J'ajoute que si certains d'entre vous avaient un témoignage à apporter à ce sujet, je serais évidemment ravi de les écouter ou de les lire.

Une nouvelle

Le facteur passe deux fois par semaine
Le mercredi et le samedi
Je ne sais plus depuis combien d'années
J'attends tous les mercredis et les samedis
Dans le vent, sur la place du village
Sous la pluie, sous les branches dénudées du platane.

Le facteur est un homme rude, il jette les lettres
(Il a fait plus de chemin
Que toutes les lettres réunies)
Et jamais je n'ai pu attraper une lettre
Et je rentrais, sans rien dire à ma mère.

Le facteur passe deux fois par semaine
Le samedi et le mercredi.
Ma mère, sur les pas de la haridelle bâtée
Pense toujours à son père
Mais moi, je n'ai jamais connu mon aïeul.

Le facteur passe huit fois par mois
Grand-père est loin, en terre étrangère
Le facteur passe 96 fois l'an
Saint-Etienne est très loin
Et la mine vous asphyxie.

Les platanes murmurent à Saint-Etienne
Il fait du vent, il pleut
Est-ce qu'on est mercredi
Ou bien samedi ?
Année 1923 ou bien 1992 ?

Je viens, grand-père, prendre de tes nouvelles
Mais maman est déjà enterrée,
Et je ne trouve pas cette tombe,
Et je ne sais plus où elle est...

(Saint-Etienne, 30 octobre 1992)
Extrait de Vagjel Leka, Terres d'asile, asiles de terre, Marseille, Editions Autres Temps, 1996, p. 26-27.


1 commentaires:

Anonyme a dit…

il y avait un ancien prof d'origine albanaise à l'université de saint etienne ,Mr Zoto,qui peut etre pourrait vousetre utile dans cette mémoire ouvrière.