
La parution du livre d'Yves Pouliquen, de l'Académie française, intitulé Le Médecin et le Dictateur (Paris, Odile Jacob, 2008, 176 p.) me donne l'occasion de soumettre quelques réflexions sur le traitement de la dictature albanaise dans la littérature scientifique ou mémorielle.
Yves Pouliquen, ophtamologiste réputé, nous livre ses souvenirs concernant sa rencontre avec Enver Hoxha. Parti en 1979 pour le soigner (ou plutôt l'examiner), il séjourne quelques jours en Albanie (Tirana et Durrës) et s'entretient à deux reprises avec le dirigeant albanais. Pour être franc, ses souvenirs n'ont en réalité que peu d'intérêt. Il faut attendre la page 50 pour voir notre médecin débarquer en Albanie, ce qui enlève déjà pas mal de contenu. On est certes heureux de voir comment les autorités albanaises prennent contact avec un médecin français mais le reste est assez décevant. Monsieur Pouliquen nous ressert la description classique de l'Albanie : un pays accueillant, étrange avec ses bunkers poussant comme des champignons, mais aussi opprimé sous le joug dictatorial. La rencontre avec Enver Hoxha ne nous apprend rien : il décrit un personnage craint par son entourage, francophile et doctrinaire. Tout cela, nous le savions déjà. Quiconque s'intéresse depuis un certain temps à l'Albanie n'y apprendra donc pas grand chose.
De plus, la vision développée par Yves Pouliquen est encore celle de la guerre froide. Il oppose sans cesse l'Occident et l'Est, vantant la supériorité de l'Ouest sur une Europe de l'Est vouée inévitablement à la chute. Cette analyse téléologique aurait pu être atténuée par la lecture de La Pensée captive du dissident polonais Czeslaw Milosz dont la consultation s'impose à tous ceux qui veulent comprendre l'univers mental des régimes communistes.
Le problème le plus important du livre d'Yves Pouliquen est sans doute la manie qu'a l'auteur de mélanger ses souvenirs personnels (souvenirs portant sur 3 jours, rappelons-le) et les lectures sur l'Albanie qu'il a pu faire les années suivantes. Ce qu'il a pu noter lors de son voyage, il l'analyse immédiatement avec ce qu'il a appris ensuite sur la situation albanaise, ce qui, méthodologiquement, fausse son témoignage et le rend même assez plat.
Car dire qu'Enver Hoxha était un dictateur, ce n'est pas dire grand chose. Ici s'ouvre un débat pour les sciences sociales : comment analyser une dictature ? On a trop l'habitude de prendre pour cette analyse deux biais : l'explication totalitaire et la personnification du pouvoir en un seul homme.
Pour le premier point, si on ne peut nier l'existence de régime totalitaire, le concept de totalitarisme ne peut être un concept explicatif. La notion de totalitarisme telle que l'a développée Hannah Arendt est avant tout une idée philosophique. Elle est l'antinomie de la démocratie telle qu'elle a pu être appliquée dans les régimes communistes ou fascistes. Elle est la description générale d'un système politique, une description établie dans un contexte précis (celui de l'après-guerre et de la guerre froide). Cependant, résumer un régime comme totalitaire n'est pas suffisant pour l'analyser. Au contraire, cela élude fortement l'étude des rouages institutionnels et idéologiques propres à chaque régime. Comme le fait si bien remarquer Slavoj Zizek, "loin d'être un concept théorique pertinent, la notion de "totalitarisme" est une sorte de subterfuge ; au lieu de nous donner les moyens de réfléchir, de nous contraindre à appréhender sous un jour nouveau la réalité historique qu'elle désigne, elle nous dispense du devoir de penser, et nous empêche même positivement de le faire" (Vous avez dit totalitarisme ? Cinq interventions sur les mésusages d'une notion, Amsterdam, 2004, p. 13). Il me semble donc que l'étude du régime communiste albanais doit désormais dépasser l'acte dénonciateur (nous sommes tous d'accord sur la nature de la dictature) pour expliciter plus finement son fonctionnement et décrire la situation albanaise dans la deuxième moitié du XXe siècle sans arrière-pensée mémorielle.
Le premier pas à faire pour avancer vers une analyse plus fine de l'Albanie socialiste est sans doute de ne plus faire d'Enver Hoxha le seul responsable. Qu'Enver Hoxha ait été le dirigeant du Parti du Travail albanais, c'est une réalité. Qu'il ait été le seul maître ou même le seul penseur, cela n'est que l'héritage d'une propagande mettant au centre de tout le leader communiste. On sait qu'Enver Hoxha n'était pas seul, que même ses livres si nombreux ont été en fait le produit d'un travail collectif de l'Institut d'Etudes Marxistes-Léninistes de Tirana. Expliciter la dictature albanaise doit maintenant consister à mettre à jour la complexité du régime, les différents outils de gouvernance, de communication, de pensée, de maîtrise de la population et du territoire, etc...
Je laisse pour finir ce texte trop court (mais qui en appelle nécessairement d'autres), la parole au philosophe et sociologue albanais Artan Fuga, qui, sans être trop écouté, avait déjà soulevé le problème en 1998 dans son ouvrage L'Albanie entre la pensée totalitaire et la raison fragmentaire (paru chez L'Harmattan) :
"La réponse [...] qui a prédominé en Albanie jusqu'à ce jour n'a pas eu un caractère convaincant. Elle a été plutôt de nature médiatique. Elle s'appuie globalement sur des propositions psychologiques et volontaristes : "une poignée de personnes, voire une seule personne, a instauré sa dictature personnelle en Albanie, elle a menti au peuple et de force s'est imposée, et pendant 50 ans elle a installé la terreur en obligeant presque tout le monde à se résigner malgré sa propre volonté". Ainsi l'histoire n'a plus sa propre logique. Elle devient l'oeuvre de l'esprit malin d'un individu ou d'un groupe d'individus, produit de leur seul sentiment sadique, égoïste et narcissique. Une telle réponse serait injuste car elle fait de la quasi-totalité des Albanais soit des victimes, soit des opposants de l'ancien régime politique, en laissant dans l'oubli ceux qui en furent les vrais martyrs, ceux qui pour seule faute eurent leurs idéaux et qui souffrirent en prison, furent torturés dans des cachots froids et obscurs, furent fusillés avec ou sans jugement de tribunal, ceux qui payèrent la liberté de leur pensée au prix de leur déportation ou de la déportation de leurs familles et de leurs enfants au fin fond des zones ex-marécageuses du pays. Selon cette réponse, ce demi-siècle ne constitue pas une partie de l'histoire du peuple albanais. Un peuple qui ne peut pas faire l'analyse de son propre passé, voici le pire de ce qui peut lui arriver. Un peuple amnésique est destiné à être neurotique et à répéter ses expériences douloureuses. Cette réponse ne serait même pas une réponse honnête. Est-ce qu'on pourrait dire que tout le monde a agi sous la contrainte du pouvoir ? Quelle violence totalitaire obligea des milliers de personnes à gravir, à n'importe quel prix, les marches de la hiérarchie officielle de la nomenclatura ? Qui s'imposa à des centaines de créateurs pour publier leurs poèmes de type de réalisme socialiste ? Quel démon violent fit couler les larmes des centaines de milliers de personnes lors des obsèques du chef du régime, Enver Hoxha, qui fut la personnofication propre du régime ? Et, enfin, qui força violemment les participants des anti-manifestations appelées "enveriennes" dans presque tous les coins de l'Albanie, à défiler après le déboulonnage de la statue d'Enver Hoxha sur la place principale de Tirana, le 20 février 1991 ?" (p. 20-21)
Yves Pouliquen, ophtamologiste réputé, nous livre ses souvenirs concernant sa rencontre avec Enver Hoxha. Parti en 1979 pour le soigner (ou plutôt l'examiner), il séjourne quelques jours en Albanie (Tirana et Durrës) et s'entretient à deux reprises avec le dirigeant albanais. Pour être franc, ses souvenirs n'ont en réalité que peu d'intérêt. Il faut attendre la page 50 pour voir notre médecin débarquer en Albanie, ce qui enlève déjà pas mal de contenu. On est certes heureux de voir comment les autorités albanaises prennent contact avec un médecin français mais le reste est assez décevant. Monsieur Pouliquen nous ressert la description classique de l'Albanie : un pays accueillant, étrange avec ses bunkers poussant comme des champignons, mais aussi opprimé sous le joug dictatorial. La rencontre avec Enver Hoxha ne nous apprend rien : il décrit un personnage craint par son entourage, francophile et doctrinaire. Tout cela, nous le savions déjà. Quiconque s'intéresse depuis un certain temps à l'Albanie n'y apprendra donc pas grand chose.
De plus, la vision développée par Yves Pouliquen est encore celle de la guerre froide. Il oppose sans cesse l'Occident et l'Est, vantant la supériorité de l'Ouest sur une Europe de l'Est vouée inévitablement à la chute. Cette analyse téléologique aurait pu être atténuée par la lecture de La Pensée captive du dissident polonais Czeslaw Milosz dont la consultation s'impose à tous ceux qui veulent comprendre l'univers mental des régimes communistes.
Le problème le plus important du livre d'Yves Pouliquen est sans doute la manie qu'a l'auteur de mélanger ses souvenirs personnels (souvenirs portant sur 3 jours, rappelons-le) et les lectures sur l'Albanie qu'il a pu faire les années suivantes. Ce qu'il a pu noter lors de son voyage, il l'analyse immédiatement avec ce qu'il a appris ensuite sur la situation albanaise, ce qui, méthodologiquement, fausse son témoignage et le rend même assez plat.
Car dire qu'Enver Hoxha était un dictateur, ce n'est pas dire grand chose. Ici s'ouvre un débat pour les sciences sociales : comment analyser une dictature ? On a trop l'habitude de prendre pour cette analyse deux biais : l'explication totalitaire et la personnification du pouvoir en un seul homme.
Pour le premier point, si on ne peut nier l'existence de régime totalitaire, le concept de totalitarisme ne peut être un concept explicatif. La notion de totalitarisme telle que l'a développée Hannah Arendt est avant tout une idée philosophique. Elle est l'antinomie de la démocratie telle qu'elle a pu être appliquée dans les régimes communistes ou fascistes. Elle est la description générale d'un système politique, une description établie dans un contexte précis (celui de l'après-guerre et de la guerre froide). Cependant, résumer un régime comme totalitaire n'est pas suffisant pour l'analyser. Au contraire, cela élude fortement l'étude des rouages institutionnels et idéologiques propres à chaque régime. Comme le fait si bien remarquer Slavoj Zizek, "loin d'être un concept théorique pertinent, la notion de "totalitarisme" est une sorte de subterfuge ; au lieu de nous donner les moyens de réfléchir, de nous contraindre à appréhender sous un jour nouveau la réalité historique qu'elle désigne, elle nous dispense du devoir de penser, et nous empêche même positivement de le faire" (Vous avez dit totalitarisme ? Cinq interventions sur les mésusages d'une notion, Amsterdam, 2004, p. 13). Il me semble donc que l'étude du régime communiste albanais doit désormais dépasser l'acte dénonciateur (nous sommes tous d'accord sur la nature de la dictature) pour expliciter plus finement son fonctionnement et décrire la situation albanaise dans la deuxième moitié du XXe siècle sans arrière-pensée mémorielle.
Le premier pas à faire pour avancer vers une analyse plus fine de l'Albanie socialiste est sans doute de ne plus faire d'Enver Hoxha le seul responsable. Qu'Enver Hoxha ait été le dirigeant du Parti du Travail albanais, c'est une réalité. Qu'il ait été le seul maître ou même le seul penseur, cela n'est que l'héritage d'une propagande mettant au centre de tout le leader communiste. On sait qu'Enver Hoxha n'était pas seul, que même ses livres si nombreux ont été en fait le produit d'un travail collectif de l'Institut d'Etudes Marxistes-Léninistes de Tirana. Expliciter la dictature albanaise doit maintenant consister à mettre à jour la complexité du régime, les différents outils de gouvernance, de communication, de pensée, de maîtrise de la population et du territoire, etc...
Je laisse pour finir ce texte trop court (mais qui en appelle nécessairement d'autres), la parole au philosophe et sociologue albanais Artan Fuga, qui, sans être trop écouté, avait déjà soulevé le problème en 1998 dans son ouvrage L'Albanie entre la pensée totalitaire et la raison fragmentaire (paru chez L'Harmattan) :
"La réponse [...] qui a prédominé en Albanie jusqu'à ce jour n'a pas eu un caractère convaincant. Elle a été plutôt de nature médiatique. Elle s'appuie globalement sur des propositions psychologiques et volontaristes : "une poignée de personnes, voire une seule personne, a instauré sa dictature personnelle en Albanie, elle a menti au peuple et de force s'est imposée, et pendant 50 ans elle a installé la terreur en obligeant presque tout le monde à se résigner malgré sa propre volonté". Ainsi l'histoire n'a plus sa propre logique. Elle devient l'oeuvre de l'esprit malin d'un individu ou d'un groupe d'individus, produit de leur seul sentiment sadique, égoïste et narcissique. Une telle réponse serait injuste car elle fait de la quasi-totalité des Albanais soit des victimes, soit des opposants de l'ancien régime politique, en laissant dans l'oubli ceux qui en furent les vrais martyrs, ceux qui pour seule faute eurent leurs idéaux et qui souffrirent en prison, furent torturés dans des cachots froids et obscurs, furent fusillés avec ou sans jugement de tribunal, ceux qui payèrent la liberté de leur pensée au prix de leur déportation ou de la déportation de leurs familles et de leurs enfants au fin fond des zones ex-marécageuses du pays. Selon cette réponse, ce demi-siècle ne constitue pas une partie de l'histoire du peuple albanais. Un peuple qui ne peut pas faire l'analyse de son propre passé, voici le pire de ce qui peut lui arriver. Un peuple amnésique est destiné à être neurotique et à répéter ses expériences douloureuses. Cette réponse ne serait même pas une réponse honnête. Est-ce qu'on pourrait dire que tout le monde a agi sous la contrainte du pouvoir ? Quelle violence totalitaire obligea des milliers de personnes à gravir, à n'importe quel prix, les marches de la hiérarchie officielle de la nomenclatura ? Qui s'imposa à des centaines de créateurs pour publier leurs poèmes de type de réalisme socialiste ? Quel démon violent fit couler les larmes des centaines de milliers de personnes lors des obsèques du chef du régime, Enver Hoxha, qui fut la personnofication propre du régime ? Et, enfin, qui força violemment les participants des anti-manifestations appelées "enveriennes" dans presque tous les coins de l'Albanie, à défiler après le déboulonnage de la statue d'Enver Hoxha sur la place principale de Tirana, le 20 février 1991 ?" (p. 20-21)

4 commentaires:
je suis d'accord avec ton point de vu et je trouve que c'est d'hommage qu’en Albanie il n'y a pas un vrai travail d'analyse (sauf Fuga que même moi je n'aie pas lu)
Tu connait l’autour albanais : Fatos LUBONJA?
Monsieur,
J'ai vu ce livre. A mon avis, c'est un livre médiocre ( pour un membre de l'Académie Française ). Je ne sais pas, comment, un professeur de tel niveau, a eu l'idée d'écrire un tel livre, après trente ans des événements de quoi il parle. En plus, comme vous aves écrit, il n'as pas dans son « contenu », rein de nouveau. Oui, le médecin a rencontré le dictateur, l'a examiné et ils ont discuté ensemble. C'est tous ! Question de une heur… Mais oser a écrire un tel livre portant le titre "Le médecin et le dictateur " il fallait dire quelque chose particulier, spéciale, qui reste dans le temps, une « analyse » que met face en face, l'intellectuel et la dictature etc.
Je suis presque sur que l'auteur l'a écrit ce livre pour dire que, moi aussi, j'ai "connu" l'Albanie totalitaire. La Maison d'Edition a vu ses internés, pour le vendre sous un titre "bombastique" et après le reste, ce que on a dit: on vit une déception profonde ...
Salut
Simbad
je ne résiste pas à l'envie de vous raconter un épisode avec un autre grand medecin français,le professeur Milliez,que Gerard Pinson,le journaliste de fr3 qui était notre voisin orleanais etqui s'interressait à l'albanie,nous avait présenté.
A la mort d'Hoxha,on téléphone a Milliez au nom des etudiants albanais de Francepour avoir sa réaction,lui qui le connaissait de près! et milliez de nous recevoir chez lui à Paris,ou tronait dans l'entrée une magnifique réplique de la statue de Skenderbeg a cheval , en filigramme d'argent que le "peuple "albanais lui avait offert pour le remercier d'avoir soigné le dictateur...Et milliez de nous présenter ses condoléances et de nous faire le panygérique de hoxha,de nous vanter sa fine culture et ses achievments... On l'écoute polimment et au bout d'un moment,mehmet de lui dire:monsieur,je crois que vous n'avez pas compris que nous nous sommes des etudiants refugiés albanais en france,et dont les familles sont les victimes de ce dictateur,et là d'un seul coup nous avons vu un changement à 18o° du discours de notre cher professeur,qui ne pouvait cautionner bien sur ce régime,etc etc et de nous dire qu'il avait été l'un des intermédiaires entre l'ambassade de grande bretagne et l'ambassade d'albanie a paris pour les premières discussion sur la restitution de l'or albanais ,discussion qui eurent lieu a paris,et de nous parler sur le fait qu'il avait accueilli a paris le fils de shehu et sa fiancée "déclassée"-sous entendant sans doute vous voyez bien que j'ai aussi aidé des opposants au régime-
on est sorti de là effondrés sur les valeurs humanistes des "références morales" françaises,mais aussi pas mécontents de la leçon qu'on venait de lui donner involontairement!
djevaline nerguti
aller au dela de l'acte dénonciateur ,comme vous dites,demanderait que nous ayons des intellectuels libres qui réfléchissent et pensent par eux memes.Or le premier geste de cette dictature fut de massacrer ses intellectuels,pour ne conserver que ceux qui pensent comme le chef pense.Et notre drame est là:nous n'avons plus de conscience intellectuelle suffissament non compromise dans l'ancien régime pour débuter cette analyse:nos intellectuels aujourd'hui passent leur temps a se justifier de leur indignité-en tant qu'intellectuel-d'alors!
Donc il nous faut refaire un travail de mémoire pour déja faire apparaitre ceux qui s'opposèrent comme intellectuels a cette dictature,pour justement prouver que la compromission a été un choix personnel plus qu'une imposition!Que ce choix personnel pour certains relevait d'une adhésion a des idées progressistes comme pour dritero,et pour d'autres d'une démarche puremement servile afin d'avoir des bénéfices directs(maison,statut etc).
on aura déja libéré le terrain pour voir comment ces intellectuels collabos se sont mis au servic du Parti et ont été souvent aussi des agents de la Sigurimi,qui ont été les 2 piliers du régime à l'instar de la SSallemande.
dn
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