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Les carnets de mon accin
La question de la date d’entrée de l’Albanie dans l’Union Européenne est régulièrement posée dans les médias et le monde politique albanais et la réponse donnée se trouve rapidement caduque tant le processus d’intégration est long. Cette semaine, c’est le Financial Times qui s’est lancé dans un pronostic, indiquant les années 2015-2020 comme étant la période probable d’adhésion de l’Albanie, de
En effet, si l’UE injecte régulièrement de l’argent dans les projets de développement albanais, ce n’est évidemment pas pour ne jamais en récolter les fruits. Seulement, alors que cette perspective d’adhésion soulève de grands espoirs de la part des Albanais, il est clair que celle-ci a un coût et que, sur ce point, les dirigeants politiques se contentent de signaux positifs sans faire preuve d’une pédagogie essentielle pour expliquer les difficultés à venir.
Surtout, ils n’ont jamais expliqué que cette intégration à l’UE ne pourra se faire qu’après trois grandes étapes dont la première est seulement en train de s’achever.
Première étape : la stabilisation politique du pays
Les médias et observateurs albanais ne retiennent généralement des perspectives d’adhésion que l’obligation de se conformer aux normes internationales en matière de démocratie. Le bon déroulement des élections est de fait un élément important pour montrer que l’Albanie est prête à intégrer l’Union mais n’est sans doute qu’une première étape. En effet, le premier objectif de l’UE est d’abord d’assurer la stabilité politique du pays afin de rendre pérenne ses investissements économiques. Il est clair que les évènements de 1997 ont considérablement terni l’image de l’Albanie, le pays montrant une instabilité certaine et ses dirigeants faisant preuve d’une véritable immaturité. Jusqu’en 2005, le processus électoral était marqué par de nombreuses irrégularités et surtout par une incapacité des partis politiques à construire le compromis démocratique. Et c’est sur ce point que l’UE émettait les plus vives inquiétudes. La tension persistante entre les partis n’était pas, à ses yeux, un gage de stabilité, et elle craignait un nouveau dérapage, toujours possible. Les élections locales de 2007 ont été marquées par une meilleure acceptation des résultats (mais pas encore totale). Il est probable que les principaux partis aient subi des pressions diplomatiques de la part de l’UE pour favoriser le compromis. Mais le processus de réforme électorale engagé en
Deuxième étape : créer les infrastructures nécessaires à l’investissement
Cette stabilité politique est nécessaire pour donner confiance aux investisseurs éventuels. Cette confiance doit aussi se gagner par la mise en place d’infrastructures efficaces destinées à rendre l’installation économique moins aléatoire.
Dans ce domaine, l’UE a donné un cahier des charges très fourni et il semble que l’Albanie soit en retard sur ce point. Certes, les deux principaux points d’arrivée (l’aéroport de Rinas-Tirana et le port de Durrës) ont été rénovés après leur privatisation mais de nombreux points noirs subsistent.
Tout d’abord, l’amélioration du réseau routier n’a pas avancé aussi vite que prévu. Il est encore actuellement presque impossible de traverser l’Albanie sans rencontrer de difficultés : routes délabrées ou trop étroites, revêtements inexistants sur plusieurs kilomètres, signalisation peu efficace, contournements urbains inexistants. En dehors de quelques-uns (Tirana-Durrës, Tirana-Shkodër, Elbasan-Macédoine), aucun axe n’est encore achevé. L’autoroute devant relié Durrës à Kukës, puis au Kosovo connaît des retards causés par des détournements d’argent au plus haut niveau de l’Etat. Même les régions touristiques n’ont pas le réseau routier adéquat. Enfin, les routes reliant les campagnes sont encore dans leur majorité non goudronnées.
A cela, il faut ajouter un réseau ferré inchangé depuis l’époque communiste : d’une grande lenteur, avec des trains délabrés (en dehors de la ligne Tirana-Durrës), non relié au réseau international. Certaines villes, autrefois desservies, ne le sont plus, faute de rénovation des voies. Le prix très modique des billets empêche de fait tout investissement réel mais leur augmentation rendrait les lignes de bus plus attractives que le chemin de fer. Mais si rien n’est fait pour l’améliorer, l’UE a déjà prévu l’abandon définitif du réseau ferré albanais. Au-delà du problème du transport de passagers, c’est l’absence de possibilité de fret international qui rend ce réseau obsolète.
En dernier exemple d’infrastructures à améliorer (mais il y en ai bien sûr d’autres), je prendrais la production d’énergie électrique. Tout le monde connaît les difficultés rencontrées par l’Albanie dans ce domaine : des coupures récurrentes dans la plupart des villes et une production insuffisante. Les principales centrales électriques datent encore de l’époque communiste, une époque où il n’y avait dans le pays pas d’électro-ménager gros consommateur d’électricité. Si à terme, l’Albanie veut attirer de véritables investisseurs, il est absolument nécessaire d’améliorer cette production car elle ne pourra maintenir sa politique d’importation d’électricité très longtemps, même si à certaines périodes de l’année elle est elle-même exportatrice.
Une fois ces infrastructures mises en place, l’Albanie pourra alors rentrée dans la dernière phase avant l’adhésion : celle de la construction d’un véritable espace économique.
Troisième étape : la délocalisation comme intégration à l’espace économique européen
On oublie souvent que l’Union Européenne n’est pas un véritable espace politique mais bien avant tout un espace économique visant à construire un marché qui ne subit plus les barrières douanières entre pays de l’UE. Or, on ne peut comprendre les perspectives d’adhésion de l’Albanie (ou de tout autre pays) sans prendre en compte la dimension économique de cette intégration. Car finalement, l’investissement de l’UE dans les pays potentiellement candidats, pour que ceux-ci parviennent à atteindre les standards internationaux de la démocratie et à améliorer leurs infrastructures, a comme seul objectif leur intégration économique à l’espace européen. Une fois le modèle politique stabilisé (élections libres et respectées, justice indépendante) et les infrastructures installées, le pays doit normalement attiré les investisseurs nécessaires à son développement économique.
Ces investissements se font généralement sous la forme de délocalisation d’entreprises d’Europe occidentale vers la périphérie de l’UE où les salaires sont moins importants. L’exemple de

(Photo : "Bienvenue à Saligrad", slogan anti-Berisha pour une campagne du mouvement Mjaft, Tirana, 2008)
Le président de
Quel bilan pour Berisha ?
Il est évident que le résultat de l’élection de juin 2009 se jouera en grande partie sur le bilan de la majorité sortante dirigée par Sali Berisha et le Parti Démocratique (PD), d’autant plus que celui-ci a déjà annoncé sa retraite en cas de défaite.
Dans l’ensemble de ces quatre dernières années, on ne peut objectivement pas dire que le bilan de son gouvernement soit mauvais. Son mandat a été celui de la ratification de l’Accord d’Association et de Stabilisation avec l’Union Européenne qui ouvre la voie à une candidature prochaine. Il a été celui aussi d’un renforcement des liens avec les Etats-Unis dont le sommet a été atteint lors de la visite du président Bush en 2007. Cependant, l’Albanie n’a pas semblé être en mesure de privilégier un partenaire plutôt que l'autre et pourrait le payer dans les prochaines années. En politique intérieure, le mandat a surtout été marqué par une amélioration progressive des infrastructures routières en vue d’une ouverture au tourisme international qui semble pour l’instant mal engagée. L’aéroport a également été entièrement rénové. Du point de vue économique, toujours, le gouvernement de Sali Berisha a entrepris une réforme de la fiscalité et lancé le projet « Albanie, 1 euro » pour inciter les investissements mais ce dernier plan n’a pas vraiment convaincu. La lutte contre la corruption a connu des hauts et des bas. Les démarches administratives ont été réformées dans ce sens mais, alors que Sali Berisha tenait un discours volontariste sur ce sujet, la corruption a touché de plein fouet le gouvernement.
Car, ce que la population albanaise pourrait retenir de ce mandat, c’est effectivement les différents scandales qui ont éclaboussé directement le gouvernement, à commencer par l’arrestation en septembre 2007 du secrétaire d’Etat aux transports et de ses principaux collaborateurs pour le détournement de l’argent destiné à la construction de l’autoroute Durrës-Kukës. Toutefois, l’héritage le plus lourd à gérer dans cette campagne électorale sera sans doute pour le Parti Démocratique celui du traumatisme causé par l’explosion du dépôt d’armes de Gërdec, dans la banlieue de Tirana, qui a entraîné la démission du ministre de
Vers la fin des petits partis ?
En vérité, au-delà du discrédit du monde politique, ces affaires ont révélé un problème plus politique pour Sali Berisha : celui de la difficile gestion d’une majorité composite. Les ministres touchés par les affaires ne sont en effet pas issus du Parti Démocratique mais de petits partis gravitant autour du grand parti de la droite albanaise. Le secrétariat d’Etat aux transports était ainsi entre les mains du Parti Démocrate-Chrétien (PDK) et les individus inculpés en étaient tous membres. Cette affaire a provoqué l’éclatement de ce parti qui défend depuis sa création des valeurs chrétiennes et entend réintroduire la morale dans la politique. Ce sont d’ailleurs les membres historiques du PDK qui ont mené la fronde contre leur leader, Nard Ndoka, ministre de
Or les petits partis de droites ne doivent leur existence qu'aux accords électoraux passés avec le Parti Démocratique. Leur existence sert essentiellement à capter une partie de l'électorat attirée par une idéologie non représentée dans le PD (par exemple la démocratie chrétienne) ou à permettre à des anciens membres du PD de créer leur propre structure sans rester sous la houlette de Sali Berisha (c'est le cas par exemple du Nouveau Parti Démocratique de Genc Pollo). Ces partis ne parviennent à réunir des voix sur leur nom qu'uniquement grâce au soutien du Parti Démocratique lors des campagnes électorales pendant lesquelles ce dernier appelle à voter pour tel ou tel parti, selon les zones ,dans le cadre du scrutin proportionnel (qui assurait l'élection de 40 députés), tandis que les petits partis ne présentaient même pas un candidat contre le PD au scrutin nominal (dans 100 circonscriptions). Ce qu'on appelle en Albanie le phénomène de Dushku, largement critiqué puisqu'il fausse la représentation au parlement. Mais sous ce mandat de Sali Berisha, il est évident que l'existence des petits partis a posé de multiples problèmes, chacun réclamant un poste ministériel sans avoir forcément des hommes compétents à y placer.
A gauche, les petits partis semblent également en recul mais sous un modèle différent. Le principal parti, le Parti Socialiste, n'a en effet pas affaire au même nombre de petits partis. Mieux, le temps passé dans l'opposition a permis un renforcement de son hégémonie. Ainsi le Mouvement socialiste pour l'Intégration (LSI) de l'ancien premier ministre Ilir Meta, créé en scission du PS, n'a pas réussi de réelles percées, faute d'une ligne cohérente. Il a d'ailleurs connu un certain nombre de désertions, notamment pendant l'été 2008 quand plusieurs centaines de militants ont fini par rejoindre le PS, y compris dans la région de Bérat, fief d'Ilir Meta. Des négociations ont également été tentées pour réunir le Parti Social Démocrate et le Parti Socialiste. Ils devraient selon toute vraisemblance faire front uni lors de la prochaine campagne. Quant à Fatos Nano, ancien leader du PS, sa tentative de créer un nouveau parti au centre semble avoir échoué.
Le coup de grâce a été donné aux petits partis lors de la réforme du code électoral, sur laquelle je reviendrais dans un autre texte, et qui a vu l'union du PS et du PD pour mettre en place un mode de scrutin proportionnel par zone rendant impossible le phénomène de Dushku et par là-même la possibilité de redistribution des voix des deux grands partis en faveur des petits. Il est donc fortement probable qu'on assiste en juin à une véritable bipolarisation de la vie politique albanaise.
Et la gauche ?
Si le bilan contrasté du PD semble ouvrir un boulevard au Parti Socialiste, celui-ci devra tout de même convaincre sans se contenter de ramasser les voix des anti-Berisha dont le nombre n'a cessé de croître. Il a pour cela plusieurs atouts. Tout d'abord, contrairement au PD, le PS a su renouveler sa tête. Dès la défaite de 2005, Fatos Nano a été mis en minorité au profit du maire de Tirana, Edi Rama. A tel point que lors de l'élection présidentielle de 2007 (le président étant élu par le parlement), les députés socialistes ont refusé de soutenir la candidature de leur ancien leader, à quelques exceptions près. Compte-tenu de l'impopularité de Fatos Nano, c'est bien évidemment un atout non négligeable. De plus, le choix d'Edi Rama comme chef du parti donne au PS un bilan à défendre : celui de la mairie de Tirana, ville la plus moderne d'Albanie dont la rénovation s'est faite sous l'impulsion d'Edi Rama. Enfin, ces derniers temps, le PS a pu tenter de retrouver une identité de gauche, qu'elle avait perdue avec Fatos Nano (et avec l'exercice du pouvoir ?) en soutenant entre autre la longue grève des mineurs albanais. Notons également que le Parti Socialiste a commencé sa campagne depuis l'été dernier pendant lequel Edi Rama a fait une tournée en Albanie, dans le même style que la campagne de démocratie participative de Ségolène Royal en France.
Reste à savoir ce que feront les mouvements plus contestataires comme Mjaft ou G99…
Les enjeux de l'élection
Quant aux enjeux de l'élection, on peut les résumer en trois points :
- Tout d'abord, l'enjeu principal est la réussite de l'élection elle-même. En effet, sa non-conformité aux normes internationales signerait l'éloignement quasi-définitif de toute perspective européenne à moyen terme. Pour l'instant, si les petits partis comme le PDK et le LSI font encore entendre des voix discordantes, le PS et le PD donne l'impression de vouloir s'entendre pour une organisation optimale.
- De fait, ce sont les perspectives européennes qui seront au centre des débats et qui, en même temps, provoqueront peut-être l'absence de véritables débats, le PS et le PD étant dans les grandes lignes plutôt d'accord à ce sujet.
- Outre les questions de personnes (toujours fortes en Albanie lors des élections), le débat sur la politique intérieure devrait tourner autour de la poursuite du renouvellement et de la construction des infrastructures nécessaires au développement du pays : réseau routier et production électrique en tête. Il est possible aussi le Parti Socialiste mette l'accent sur un projet véritable pour les campagnes, comme ce fut le cas lors de la tournée d'été 2008.
Reste à savoir de quelle manière la crise économique viendra s'inviter dans cette campagne…
A suivre donc…
principaux de Tirana et de 3000 autres dans le parc du lac. Le 15 décembre, une centaine d'arbres ont été plantés par des enfants d'une école sur le boulevard Bajram Curri.
ientaliste) est en effet avant tout un parti agraire visant à protéger les propriétaires terriens. Il est donc nécessaire que des actions, même symboliques, soient entreprises auprès des élèves afin de sensibiliser la population. L'opération "un citoyen, un arbre" faisait suite à une action d'apprentissage du recyclage des déchets en novembre 2008 dans neuf écoles de Tirana.
La façade de la cathédrale Saint-Paul (été 2008). Sur le mur, un graffiti du Parti Communiste Albanais (PKSH).
La chapelle de la Vierge, lieu principal des pratiques paraliturgiques.
Une partie du chemin de croix. Au fond, le tabernacle et ses trois arches. La climatisation a été installée en 2007 ou 2008.
La vendetta sévit en Albanie. Au nom d’une loi moyenâgeuse venue directement des montagnes, le Kanun. Ce code de valeurs d’un autre âge, interdit du temps du communisme, autorise, en cas d’agression mortelle sur un membre de sa famille, la vengeance. L’agresseur peut être tué, une vengeance qui s’exerce même sur des enfants. C’est la loi du sang. La seule que respectent les Albanais qui n’ont plus confiance en leur Etat et en leurs institutions. Des milliers de familles sont donc condamnées à vivre dans la clandestinité. Des enfants restent cloîtrés des années sans aller à l’école, des hommes ne peuvent pas aller travailler, sous peine d’être assassinés. Envoyé spécial raconte l’histoire d’Alfred, 13 ans, et Pietri, 24 ans, qui vivent barricadés derrière de hauts murs gris. Dans toutes les villes du pays, il existe les quartiers des emmurés. Un tiers de la population albanaise est touché de près ou de loin par le Kanun. C’est une question d’honneur et l’honneur a un prix en Albanie : le prix du sang.Le résumé, rédigé par les journalistes de l'émission, est assez significatif de ce qu'on pourrait appeler la maladie infantile du journalisme, à savoir le sensationnalisme. Car pour qu'une émission diffuse un reportage sur l'Albanie, deux fois sur trois, il faut qu'il y soit question de loi du sang, de vendetta, en un mot du Kanun. Et évidemment, le téléspectateur n'y a pas échappé ce jeudi. Rendez-vous compte, ce pays aux portes de l'Europe (pardon, en Europe:-)), vit encore dans le cadre d'une "loi moyenâgeuse" et ses habitants ne respectent que "la loi du sang". De quoi dégouter quiconque désirant aller se promener dans un pays en plein développement et d'imaginer immédiatement l'Albanie comme un immense terrain de règlements de compte. La réalité quotidienne est tout autre, mais ça les journalistes ne vous le diront pas, amis téléspectateurs...
e dans ces années-là, présence dont j'ai tout récemment repéré l'existence également dans le nord industriel parisien de l'époque. On connaissait en fait plutôt bien, quoique imparfaitement, le séjour français d'intellectuels lors de leurs études ou de leur exil dans l'hexagone mais peu voire pas du tout cette émigration économique vers la France dans les années qui ont suivi l'indépendance effective de l'Albanie.Une nouvelle
Le facteur passe deux fois par semaine
Le mercredi et le samedi
Je ne sais plus depuis combien d'années
J'attends tous les mercredis et les samedis
Dans le vent, sur la place du village
Sous la pluie, sous les branches dénudées du platane.
Le facteur est un homme rude, il jette les lettres
(Il a fait plus de chemin
Que toutes les lettres réunies)
Et jamais je n'ai pu attraper une lettre
Et je rentrais, sans rien dire à ma mère.
Le facteur passe deux fois par semaine
Le samedi et le mercredi.
Ma mère, sur les pas de la haridelle bâtée
Pense toujours à son père
Mais moi, je n'ai jamais connu mon aïeul.
Le facteur passe huit fois par mois
Grand-père est loin, en terre étrangère
Le facteur passe 96 fois l'an
Saint-Etienne est très loin
Et la mine vous asphyxie.
Les platanes murmurent à Saint-Etienne
Il fait du vent, il pleut
Est-ce qu'on est mercredi
Ou bien samedi ?
Année 1923 ou bien 1992 ?
Je viens, grand-père, prendre de tes nouvelles
Mais maman est déjà enterrée,
Et je ne trouve pas cette tombe,
Et je ne sais plus où elle est...
(Saint-Etienne, 30 octobre 1992)
Extrait de Vagjel Leka, Terres d'asile, asiles de terre, Marseille, Editions Autres Temps, 1996, p. 26-27.
La question des races envisagée en dehors de l'anthropologie et des études préhistoriques ne m'intéresse pas. C'est ainsi que ton allusion à l'importance des tombeaux pour ce qui a trait aux civilisations est sans valeur; cela n'est vrai que pour les temps les plus reculés, pour lesquels les tombeaux sont les seuls monuments que le temps n'ait pas détruits et parce que dans les tombeaux, à côté du défunt, étaient placés les objets de la vie quotidienne. De toute façon ces tombeaux ne nous livrent qu'un aperçu très limité de l'époque où ils ont été construits : l'histoire des mœurs et pour une partie l'histoire des rites religieux. Encore se rapportent-ils aux classes élevées et riches et souvent aux dominateurs étrangers du pays, et non au peuple. Moi-même je n'ai aucune race : mon père est d'origine albanaise récente (la famille s'est enfuie d'Épire avant ou pendant les guerres de 1821 et s'est italianisée rapidement); ma grand-mère était une Gonzalez et descendait de quelque famille italo-espagnole de l'Italie méridionale (comme il en est tant resté après la fin de la domination espagnole); ma mère est sarde par son père et par sa mère et la Sardaigne ne fut réunie au Piémont qu'en 1847 après avoir été un fief personnel et un patrimoine des princes piémontais, qui l'avaient reçue en échange de la Sicile qui était trop éloignée et moins facile à défendre. Cependant ma culture est italienne et c'est mon monde à moi : je n'ai jamais eu l'impression d'être déchiré entre deux mondes, bien que cela ait été écrit dans le Giornale d'Italia de mars 1920, où un article de deux colonnes expliquait mon activité politique à Turin, entre autres, par le fait que j'étais Sarde, et non Piémontais ou Sicilien, etc. Le fait que j'étais d'origine albanaise ne fut pas mis en avant, parce que Crispi était lui aussi Albanais, il avait été élevé dans un collège albanais et parlait albanais. D'ailleurs en Italie ces problèmes ne se sont jamais posés et personne en Ligurie ne s'effraie si un marin ramène au pays une épouse noire. Personne ne va la toucher avec un doigt humide de salive pour voir si le noir s'en va, et personne ne croit que le noir va déteindre sur les draps.
Photo : Institute for Human Sciences (Flickr)"Un des principaux clichés sur les Balkans consiste à en faire une région européenne singulièrement hantée par les "revenants", n'oubliant ni n'apprenant rien, encore absorbée dans des conflits multiséculaires alors que le reste de l'Europe s'est engagé depuis longtemps dans un rapide processus de mondialisation. Nous rencontrons pourtant ici un premier paradoxe. Tout se passe comme si les Balkans jouissaient aux yeux de l'Europe d'un statut spectral particulier : les Balkans postyougoslaves - cette vraie spirale de passions ethniques (auto)-destructrices - ne sont-ils pas à l'exact opposé, presque une sorte de négatif photographique, d'une coexistence ethnique et communautaire tolérante, une sorte de rêve multiculturaliste qui aurait tourné au cauchemar ? Les délimitations géographiques des Balkans, aussi mouvantes qu'indéterminées, sont un indice de ce statut spectral. Il semble bien, en effet, qu'il n'existe pas de réponse définitive à la question "Où comment les Balkans ?" : les Balkans sont toujours ailleurs, toujours un peu plus au sud-est...Que l'on songe maintenant aux analyses alarmistes des médias qui ont suivi la déclaration d'indépendance du Kosovo, et on retrouvera les conclusions de Slavoj Zizek : la peur d'une inévitable explosion de violence interethnique (qui n'a pas eu lieu), la crainte d'une propagation à toute la région et même aux autres régions, etc. Comme si, parce qu'il s'agissait des Balkans, tout devait finir dans le sang. De même, la recherche de certains d'aspects "typiquement typiques" des pays balkaniques tournent parfois au ridicule. Je n'ai par exemple jamais réussi à comprendre ceux qui ne retiennent de la musique albanaise que les polyphonies folkloriques (que je trouve d'ailleurs particulièrement inaudibles). Pour moi, ils ratent tout le côté festif de la musique albanaise, bien plus plaisant à mes oreilles. Ils nient également la modernité de la scène musicale albanaise : certains groupes de rap comme West Side Family sont tout simplement géniaux dans leur genre. Et puis, bizarrement, je n'ai pas rencontré en Albanie beaucoup de gens qui écoutaient ces fameuses polyphonies... Cette tendance à ne vouloir retenir que ces dernières entre bien dans le processus décrit par Zizek : il s'agit de faire survivre les traces d'époques anciennes comme si rien n'avait changé en Albanie, comme si la seule culture albanaise était celle qui n'est pas encore entré dans la modernité, alors que personnellement je considère cette modernité comme un élément essentiel de l'identité albanaise actuelle.
Du point de vue serbe, ils commencent là, au Kosovo ou en Bosnie ; les Serbes se présentent comme les défenseurs de la civilisation chrétienne contre l'Autre de l'Europe. Du point de vue croate, ils commencent avec la Serbie orthodoxe, despotique et byzantine à laquelle la Croatie oppose les valeurs démocratiques occidentales. Pour nous, Slovènes, ils commencent en Croatie : on se perçoit comme le dernier rempart de la Mittleeuropa pacifique. Pour beaucoup d'Italiens et d'Autrichiens, ils commencent en Slovénie, l'avant-poste occidental des hordes slaves. Pour certains Allemands, l'Autriche, de par son histoire, est déjà entachée de cette corruption et de cette inefficacité typiquement balkaniques [...].
Dans le cas des Balkans, ce déplacement de la frontière, aussi énigmatique que multiple, démontre clairement que nous n'avons pas affaire à une géographie réelle, mais à une cartographie imaginaire qui projette sur l'espace réel l'ombre de ses propres antagonismes idéologiques déniés - exactement comme Freud le dit de la localisation des symptômes dans l'hystérie de conversion, qui procède d'une carte anatomique autre, imaginaire, projetée sur le corps physique. Les Balkans ne sont toutefois pas seulement le fantôme de l'Europe au sens où ils représenteraient un reste persistant de son propre passé dénié. Il est peut-être bien plus important de comprendre que c'est précisément parce que "les Balkans" fonctionnent comme une entité spectrale qu'ils nous permettent de saisir - analytique du fantôme... - les différents modes par lesquels s'exprime aujourd'hui le racisme. Dans un premier temps, c'est le bon vieux rejet de l'Autre balkanique (despotique, barbare, orthodoxe, musulman, corrompu, oriental...) au nom des valeurs authentiques (occidentales, civilisées, démocratiques, chrétiennes). Puis, c'est un racisme qu'on dira réflexif, politiquement correct : les Balkans sont le lieu des horreurs ethniques et de l'intolérance, des passions guerrières primitives, à l'opposé donc du processus libéral-démocratique à l'oeuvre dans les post-Etats-nations dont la vocation est de résoudre les conflits par la négociation rationnelle, le compromis et le respect mutuel. Le racisme, ici, est élevé à la puissance deux : attribué à l'Autre, alors que nous occupons la position confortable de l'observateur neutre et bienveillant, à proprement parler consterné par les horreurs qui se déroulent "là-bas". Enfin, on peut repérer un racisme inversé : il consiste à célébrer l'authenticité exotique de l'Autre balkanique. Ce sont les Serbes, par exemple, qui, en dépit de tout et à l'inverse de ces Européens occidentaux, inhibés et anémiés, continuent de faire montre d'une prodigieuse envie de vivre." (p. 11-14)

simple (pouvant être reproduite par un enfant de six ans), sans devise, devant refléter les aspirations européennes et euroatlantiques du Kosovo et surtout ne pas rappeler trop le drapeau albanais afin de ne pas blesser les différentes minorités composant le nouvel Etat.
, Kosovo, Macédoine, Serbie, Montenegro, Grèce), agitant de nouveau le spectre de la Grande Albanie. Cependant, cette interprétation ne tient pas la route si on se réfère à la première version qui ne comportait que cinq étoiles, dont une plus grande que les autres pour représenter la majorité albanaise (90 % de la population).
sans doute le fruit des pressions internationales, montre toutefois que l'idée d'une Grande Albanie n'est pas à l'ordre du jour. L'abandon même du drapeau albanais rouge avec l'aigle à deux têtes pour un drapeau plus neutre à fond bleu portant en son centre la silhouette géographique du Kosovo surmontée de six étoiles, en est un autre signe. Enfin, même si des tensions sporadiques persistent autour de Tetovo, les Albanais de Macédoine ont fait le choix de participer au gouvernement macédonien, montrant leur volonté de rester dans la République de Macédoine.